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Le vrai prix du drive : frais, minimum et pièges

Frais variables, minimum de commande, prix qui change selon le magasin qui prépare : ce que le drive coûte vraiment, et ce que je n'ai pas relevé.

Par Arthur Lecaille · publié le 3 septembre 2026 · 7 min de lecture

J'ai perdu une commande de drive entière pour trois euros. Pas trois euros de frais : trois euros qui me manquaient pour atteindre le minimum de commande. J'avais tout mis, validé le créneau, fermé l'onglet, et le lendemain matin un mail m'annonce que la commande n'est pas passée. Trois euros. Le pire, c'est que j'avais un sachet de lentilles corail dans mon panier physique à la maison, acheté la semaine d'avant, dont j'aurais pu me passer pour ajouter n'importe quoi.

Je ne vais pas nommer l'enseigne, et pas par politesse : je n'ai pas revérifié leur seuil depuis, et je refuse de coller un chiffre à une enseigne sans l'avoir relevé. C'est exactement le sujet de ce texte.

Ce que je n'ai pas, et que je ne vais pas inventer

Les frais de drive, enseigne par enseigne, je ne les ai pas. Tadam n'a pas encore de relevé systématique là-dessus, et tu vas trouver dix articles qui t'annoncent « 4,90 € chez X, gratuit dès 60 € chez Y » avec un aplomb qui ne repose sur rien de daté. Moi, je peux te dire ce qui est structurellement vrai partout :

  • un minimum de commande existe très souvent, et il est plus souvent contourné par un achat inutile que par un renoncement ;
  • une gratuité au-dessus d'un seuil de panier existe presque partout, ce qui transforme le seuil en objectif, ce qui est exactement l'effet recherché ;
  • les frais changent selon le format — retrait piéton, retrait voiture, livraison — et selon le magasin, pas seulement selon l'enseigne ;
  • ils changent aussi dans le temps, parce que c'est un levier commercial que les enseignes bougent souvent.

Voilà. Quatre lignes vagues valent mieux qu'un tableau précis et faux.

Le prix affiché n'est pas un prix d'enseigne

C'est le point que presque personne ne dit clairement, et c'est le plus important du guide.

Le prix que tu vois dans un drive, c'est celui du magasin qui prépare ta commande. Pas celui de l'enseigne. Deux drives de la même enseigne, à onze kilomètres l'un de l'autre, n'affichent pas forcément la même ligne pour le même produit.

J'ai la preuve technique de ça, et elle est presque comique. Le 2 septembre 2026, notre robot est passé sur les fiches produit Auchan : il a très bien lu les cartes, les noms, les images. Mais 1 261 rejets sur le prix, parce que chez Auchan la fiche n'affiche aucun prix tant qu'aucun drive n'est sélectionné — juste un bouton « Voir les prix ». Même histoire chez Franprix, où 64 vignettes ont été lues sans prix exploitable le même jour, les tarifs étant conditionnés à un magasin ou à un compte connecté.

Ce n'est pas un bug de leur côté. C'est leur modèle. Et ça veut dire qu'un comparateur qui t'annonce « le prix Auchan » sans te demander ton code postal te vend du vent.

Les quatre coûts réels du drive

Le premier, c'est le créneau. Tu ne choisis pas quand tu fais tes courses, tu choisis quand tu les auras — et sur un vendredi soir en septembre, c'est trois jours d'avance minimum dans les zones denses.

Le deuxième, c'est le minimum de commande, qui te fait acheter la chose qui te manquait pour l'atteindre. Chez Cora, le 3 septembre 2026, le pack de Coca-Cola était à 12,41 € (1,88 €/l) et le pot de Nutella à 6,49 € (7,87 €/kg). Voilà typiquement les deux lignes qu'on ajoute « pour compléter ». C'est la façon la plus élégante de payer 6,49 € des frais de livraison qu'on croyait éviter.

Le troisième, c'est la substitution. Le préparateur remplace ton produit par un autre, souvent plus cher, parfois plus gros. Tu peux refuser au retrait, mais tu ne le fais pas, parce qu'il y a une voiture derrière toi.

Le quatrième, et c'est le seul en ta faveur : le drive supprime l'achat d'impulsion. Pas de tête de gondole, pas de rayon bonbons à hauteur d'enfant, pas de courses le ventre vide. Sur ce point-là je suis catégorique, c'est le seul effet du drive dont je sois sûr sans avoir besoin de relevé.

Ce que ça donne sur un panier réel

Prends le sac de pommes de terre vapeur Filière Qualité Carrefour, 2 kg à 2,49 € relevé le 2 septembre 2026, soit 1,24 €/kg. En drive, tu le commandes en trois secondes et tu ne passes pas devant le rayon apéritif. En magasin, tu le prends aussi, mais tu ressors avec autre chose.

À l'inverse, le filet d'oignons jaunes de 2 kg à 1,11 € chez Lidl le 2 septembre — 0,56 €/kg — tu ne l'auras jamais en drive, parce que Lidl ne prend pas de commande alimentaire en ligne en France. Ni Aldi, ni Netto, ni Grand Frais. C'est un arbitrage qui ne se règle pas au centime : les enseignes les moins chères de notre indice sont précisément celles qui n'ont pas de drive.

D'ailleurs, l'écart de fond reste celui-là. Panier de 29 produits, catalogues du 3 septembre 2026 : Lidl à 37,06 €, Monoprix à 53,67 € (prix estimés pour Monoprix, à confirmer en magasin). Seize euros et soixante et un centimes de différence sur une semaine. Aucun frais de drive au monde ne joue dans cette catégorie.

La substitution, ce coût qu'on ne voit qu'au retrait

Je veux revenir dessus parce que c'est le poste que je sous-estimais le plus. Quand un produit manque, le préparateur te propose un remplaçant, et le remplaçant est presque toujours au-dessus — jamais par malice, simplement parce que la référence la moins chère est celle qui part en premier le samedi matin.

Un exemple concret avec nos relevés Carrefour du 2 septembre 2026. Tu commandes les champignons blancs de 200 g à 0,99 €, soit 4,95 €/kg. Ils sont épuisés. On te met les champignons bruns agroécologie de 200 g à 2,19 €, soit 10,95 €/kg. Tu as demandé un légume, tu repars avec le même légume à un peu plus du double au kilo, et tu t'en aperçois trois jours plus tard en relisant le ticket — si tu le relis.

Sur une commande de trente lignes, deux ou trois substitutions de ce genre annulent tranquillement l'économie que le drive était censé te faire faire. Ma règle depuis : je décoche l'autorisation de substitution sur tout ce qui est frais, et je la laisse active sur le sec, où la marque compte moins et où le grammage est standard. C'est cinq secondes au moment de valider le panier, et c'est le meilleur réglage du drive.

Comment Tadam envoie ta liste, enseigne par enseigne

Aucune enseigne française ne permet de coller une liste de courses multi-lignes. On a cherché, sérieusement, pendant deux jours. Leclerc a des « listes », Carrefour aussi, mais on les remplit produit par produit.

Alors Tadam s'adapte. Chez Carrefour, l'adresse de fiche produit est déterministe — carrefour.fr/p/<slug>-<ean13> — donc l'app ouvre directement la bonne page avec le code-barres, sans passer par la recherche. Chez Auchan, même logique d'URL produit, avec le piège du drive à sélectionner d'abord. Chez Intermarché, Super U, Monoprix, Franprix, Picard, Match, Biocoop et Naturalia, c'est une recherche guidée article par article, avec ajout automatique du premier résultat quand c'est possible. Chez Leclerc, l'app tente la liste, échoue — c'est le cas attendu, DataDome bloque tout — puis enchaîne la recherche.

Deux cas particuliers que j'aime bien parce qu'ils sont laids et honnêtes. Casino n'a plus de moteur de recherche produits en ligne du tout : /recherche, /search et /catalogsearch renvoient tous un 404. Donc presse-papier, assumé. Et Cora a rejoint Carrefour : cora.fr redirige vers carrefour.fr en perdant la requête au passage, donc Tadam t'envoie directement chez Carrefour.

Ce que Tadam ne fera jamais : cliquer sur ta bannière cookies à ta place, contourner un anti-bot, utiliser une API privée. Devant un mur de consentement, l'app se met en pause et te rend la main. Ça ralentit. Tant pis.

La règle que j'applique depuis les trois euros

Je remplis mon panier drive avec la liste de la semaine, et si je suis sous le minimum, j'ajoute une chose que j'aurais achetée de toute façon dans les quinze jours : un paquet de spaghetti, une boîte de tomates pelées, des œufs. Jamais un produit frais, jamais un truc que je n'ai pas prévu de cuisiner. Le One pot pâtes tomate-basilic et le Dahl de lentilles corail au lait de coco existent exactement pour ça — ils vivent sur du placard, ils absorbent n'importe quel achat de complément sans le transformer en déchet.

Et si je suis encore sous le seuil après ça, je ne commande pas. J'y vais à pied.

Sources

Questions fréquentes

Combien coûtent les frais de drive ?

Ça dépend de l'enseigne et du magasin, et je n'ai pas de relevé systématique, donc je ne donnerai pas de montant. Ce qui est constant : un minimum de commande fréquent, et une gratuité au-dessus d'un certain seuil de panier.

Le prix en drive est-il le même qu'en rayon ?

C'est le prix du magasin qui prépare ta commande. Il change donc d'un drive à l'autre au sein d'une même enseigne. Chez Auchan, la fiche produit n'affiche même aucun prix tant que tu n'as pas choisi ton point de retrait.

Le drive fait-il vraiment économiser ?

Sur les achats d'impulsion, oui, et c'est le seul effet dont je sois certain. Pas de tête de gondole, pas de rayon bonbons, pas de faim de 12 h 30. Sur le prix des produits eux-mêmes, rien ne change.

Quelles enseignes ne proposent pas de drive alimentaire ?

Lidl, Aldi, Netto et Grand Frais ne prennent pas de commande alimentaire en ligne en France. Tadam te copie alors la liste pour que tu l'aies sous les yeux en magasin. L'application Lidl Plus propose une liste manuelle, sans commande.

À lire ensuite

Les prix cités dans ce guide

Chaque fiche donne le prix relevé dans les 17 enseignes suivies.

Des recettes pour appliquer

Arthur Lecaille

Arthur Lecaille est le fondateur de Tadam. Entrepreneur français installé à Bali, il dirige AC SCALE LLC, structure depuis laquelle il construit des produits numériques grand public. Tadam est né d'un constat simple, vérifié chiffres en main : entre deux enseignes françaises, le même panier de courses peut varier de plus de quarante euros, sans que personne ne publie l'écart de façon lisible. Il conçoit lui-même le moteur de relevé de prix, la méthode de rapprochement produit-ingrédient et les règles de planification des menus, et il tranche chaque arbitrage éditorial : afficher un prix estimé comme tel, ne jamais présenter une moyenne comme un relevé, publier l'écart même quand il dérange.

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