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L'indice Tadam : 17 enseignes, un panier de 30 produits

Le panier de 30 produits de base, en packs entiers, comparé sur les 17 enseignes de Tadam, méthode complète et trous compris.

Par Arthur Lecaille · publié le 3 septembre 2026 · 9 min de lecture

Le tableau d'abord, mes réserves juste après. Voici ce que coûte le même panier de 30 produits de base — achetés en packs entiers, pas au prix théorique du kilo — dans les 17 enseignes que couvre Tadam, sur le relevé de la semaine du 31 août 2026, en retenant chaque fois le conditionnement le moins cher qui couvre la quantité demandée.

Enseigne Panier de 30 produits Indice (Carrefour = 100) Produits trouvés
Aldi 64,68 € 81 30
Lidl 64,86 € 81 30
Netto 71,08 € 89 30
Intermarché 75,02 € 93 30
Cora 78,96 € 98 30
Carrefour 80,31 € 100 30
Super U 82,10 € 102 30
Auchan 82,35 € 103 30
Match 83,19 € 104 30
Casino 87,17 € 109 30
E.Leclerc 87,81 € 109 30
Monoprix 87,98 € 110 30
Franprix 106,50 € 133 30
Biocoop 113,23 € 141 30
Naturalia 113,41 € 141 30
Grand Frais 72,81 € hors classement 21
Picard 72,28 € hors classement 15

Quarante-huit euros et soixante-treize centimes séparent le haut du bas, entre Aldi à 64,68 € et Naturalia à 113,41 €. Pour une personne qui referait ce panier chaque semaine, l'écart dépasse 2 500 € sur l'année. C'est le chiffre qui circule quand on parle de « changer d'enseigne ». C'est aussi celui qui mérite le plus de précautions, alors on y va.

Ce qu'il y a dedans, et comment c'est acheté

Trente produits de base, ceux qu'on rachète sans y penser : pomme de terre, carotte, oignon jaune, tomate, courgette, poireau, champignon de Paris, ail, pomme, banane, citron, orange, blanc de poulet, bœuf haché, jambon blanc, pavé de saumon, thon en boîte, œuf, lait demi-écrémé, beurre doux, yaourt nature, spaghetti, riz basmati, farine de blé, huile d'olive, lentilles vertes, tomates pelées en boîte, baguette, pain de mie, café moulu.

Pas de plats préparés, pas de biscuits, pas de soda. Ce n'est pas de la morale, c'est de la méthode : dès qu'on met une marque nationale dans un panier comparatif, on ne compare plus les enseignes, on compare qui fait la promo cette semaine-là. Le beurre, lui, dit quelque chose.

Le vrai changement, par rapport à la version précédente de cet indice, est ailleurs : dans la façon d'acheter chaque ligne. L'ancienne méthode calculait un prix théorique — la quantité nécessaire pour une portion type, multipliée par un prix moyen au kilo ou au litre relevé dans le catalogue Tadam. C'était propre, ça se calculait à la calculatrice, et ça ne correspondait à rien de ce qui se passe en caisse : personne n'achète 56 grammes d'oignon ou 130 grammes de beurre. On achète le filet de 2 kg ou la plaquette de 250 g, et on paie le pack entier, même incomplet.

La méthode actuelle fait ça : pour chaque ligne du panier, elle prend tous les conditionnements disponibles chez l'enseigne, calcule combien de packs il faut acheter pour couvrir la quantité voulue — en arrondissant toujours au-dessus, jamais en dessous — et retient le total le moins cher. Le café moulu à 6,89 € les 250 g chez Carrefour, c'est un paquet entier, pas un quart de paquet calculé au gramme. Le résultat est plus proche d'un vrai chariot, avec son gaspillage inévitable, mais il assume aussi des paniers un peu plus élevés que l'ancien calcul théorique : personne ne paie exactement la quantité qu'il consomme, tout le monde paie un peu plus pour le conditionnement disponible. C'est ce changement de méthode, plus que le passage de 29 à 30 lignes, qui explique pourquoi les totaux de cette version ne se comparent pas à ceux de l'ancienne.

Pour chaque produit, l'algorithme prend le pack le moins cher du catalogue de l'enseigne, pas le plus vendu ni celui du milieu de rayon. C'est un choix discutable et je l'assume : c'est le prix qu'obtient quelqu'un qui cherche vraiment, pas celui du panier moyen. Un panier moyen aurait été plus flatteur pour Monoprix et plus proche de la réalité de la plupart des gens. Il aurait aussi été impossible à reconstruire honnêtement sans données de ventes, que je n'ai pas.

La partie où je gâche mon propre tableau

Douze enseignes sur dix-sept tournent sur des prix estimés pour ce panier — et c'est plus large que ce que le statut général de l'enseigne laisse penser.

Cinq enseignes ont un catalogue relevé en direct sur le fond : Lidl, Carrefour, Cora, Naturalia et Biocoop. Mais l'indice de cette semaine marque leurs trente lignes en « estimé » presque partout, Lidl y compris. La raison est mécanique, pas malhonnête : chaque ligne du panier doit retrouver, dans le catalogue relevé de l'enseigne, un produit qui correspond vraiment à l'ingrédient demandé — pas une approximation de rayon voisin. Sur des catalogues de 60 produits, assez larges mais pas exhaustifs, la plupart des trente lignes basiques ne trouvent pas de correspondance directe et retombent sur l'estimation générale du prix moyen. Avoir un relevé solide sur son enseigne ne suffit donc pas à garantir un panier entièrement relevé : il faut que le relevé couvre justement les trente bonnes lignes, ce qui n'est pas encore le cas.

Conséquence directe, et je préfère l'écrire noir sur blanc plutôt que de la cacher sous un joli graphique : l'écart de dix-huit centimes entre Aldi et Lidl, en tête du classement, ne prouve strictement rien au centime près. Ce qui reste solide, c'est la structure. Un hard-discount autour de 81-89, un hyper généraliste autour de 93-110, une enseigne de centre-ville comme Franprix à 133, un bio à 141 : cet étagement-là, je le signe. Il correspond à ce que n'importe qui constate en changeant de magasin, et il correspond aussi à ce que raconte l'indice des prix à la consommation de l'INSEE sur les écarts de format. Le classement au centime, lui, ne vaut rien tant que je n'ai pas les dix-sept catalogues intégralement relevés sur les trente lignes exactes du panier. Je le dirai autant de fois qu'il faudra.

Ce que l'indice ne mesure pas

Un chiffre est utile quand on sait aussi ce qu'il laisse dehors. Celui-ci en laisse beaucoup.

Il ignore le trajet. Douze kilomètres aller-retour pour économiser dix euros de panier, ça se discute, et ça se discute différemment selon qu'on a une voiture qui dort devant chez soi ou un bus toutes les quarante minutes. Il ignore les frais de drive, que je n'ai pas relevés enseigne par enseigne et sur lesquels je refuse d'avancer un montant inventé — ils existent, ils varient, il y a presque toujours un minimum de commande et un seuil de gratuité, et je n'ai pas encore de relevé systématique. Il ignore le temps passé. Il ignore surtout le fait qu'un prix de drive est celui du magasin qui prépare la commande, pas un tarif national : deux drives de la même enseigne, à quinze kilomètres l'un de l'autre, n'affichent pas forcément la même ligne. C'est exactement pour cette raison que le prix Auchan est invisible tant qu'aucun drive n'est sélectionné.

Il ne mesure pas non plus la qualité, et je ne vais pas prétendre le contraire. Les steaks hachés L'étal du Boucher en sachet de 1 kg à 13,99 € chez Lidl le 2 septembre 2026 coûtent plus cher au kilo que le prix moyen catalogue du bœuf haché 15 % de matière grasse, qui tourne à 11,00 €/kg. Est-ce que c'est de la mauvaise affaire ? Ça dépend du taux de matière grasse, de l'origine, et de ce qu'on en fait. Un indice ne répond pas à ça.

Dernier angle mort, le plus important à mes yeux : l'indice compare des enseignes, alors que la vraie variance est souvent à l'intérieur du même magasin. Chez Carrefour, le 2 septembre 2026, les haricots verts vrac 500 g valaient 2,14 €, soit 4,29 €/kg, et les haricots verts fins éboutés en barquette 350 g 3,79 €, soit 10,83 €/kg. Deux fois et demie l'écart, dans la même allée, à trois mètres de distance. Aucun changement d'enseigne ne te fera gagner ça.

Picard et Grand Frais, et la fois où j'ai eu l'air malin

Première version de l'indice, un soir de fin août, sur la table de la cuisine avec un café refroidi depuis une heure, avec l'ancienne méthode au prix théorique. Le script sort son classement. Picard gagne. Picard, dix-sept euros cinquante, écrase Lidl de vingt euros. J'ai eu ce moment de fierté idiote où on se dit qu'on tient un scoop, et j'ai commencé à rédiger un message pour le raconter.

Puis j'ai ouvert le détail. Onze produits. Sur vingt-neuf.

Picard ne vendait ni farine, ni sucre, ni café moulu, ni pain de mie, ni œufs. Le panier n'était pas moins cher : il était vide aux trois quarts. Passer à la méthode en packs entiers n'a pas réglé ce problème, et ce n'était pas le but — aujourd'hui, avec trente lignes et l'achat par conditionnement, Picard couvre 15 des 30 produits pour un total de 72,28 €, Grand Frais 21 sur 30 pour 72,81 €. Ces deux totaux ne sont ni des prix bas ni des prix hauts, ce sont des paniers incomplets, et je les laisse dans le tableau uniquement pour que personne ne refasse mon erreur en pensant l'avoir inventée.

La règle que j'en tire : un classement d'enseignes sans le nombre de produits trouvés en face de chaque ligne est un classement à jeter. Y compris le mien.

Ce que j'en fais quand je fais vraiment mes courses

L'indice ne sert pas à choisir une enseigne pour la vie. Il sert à savoir combien coûte le fait de ne pas en changer.

Je cuisine à peu près tout le temps les mêmes choses quand je suis en France : des spaghetti bolognaise maison rapide le lundi parce qu'il en reste le mardi midi, une tortilla espagnole aux pommes de terre quand le tiroir à légumes commence à faire peur, un dahl de lentilles corail au lait de coco le dimanche soir. Ces trois plats reposent sur huit lignes du panier. Huit lignes sur trente qui décident de la moitié de mon budget. C'est là qu'il faut regarder, pas sur le total.

Un exemple concret, avec des prix relevés en direct. Les pommes de terre vapeur Filière Qualité Carrefour, sac de 2 kg, valaient 2,49 € le 2 septembre 2026, soit 1,24 €/kg. Les patates douces vrac du même rayon, le même jour : 1,99 € le kilo. Soixante pour cent de plus pour un tubercule qui cuit pareil dans la même casserole. Chez Cora le 3 septembre, le pack de lait demi-écrémé Lactel sortait à 9,75 €, soit 1,22 €/l, et le Candia juste à côté à 10,30 € pour 1,29 €/l — sept centimes le litre, personne ne les voit, et sur un an de café au lait ça finit par faire le prix d'un plein de courses.

Change de magasin si l'écart de format le justifie. Mais commence par les huit lignes.

Sources

Questions fréquentes

Quelle est l'enseigne la moins chère selon l'indice Tadam ?

Aldi, à 64,68 € le panier de 30 produits en packs entiers, dix-huit centimes devant Lidl à 64,86 €. L'écart est trop fin pour trancher au centime : les deux tournent sur des prix estimés cette semaine. L'ordre de grandeur tient, pas le classement exact entre les deux premiers.

Pourquoi le panier compte-t-il 30 produits achetés en packs entiers, et pas au prix théorique du kilo ?

L'ancienne méthode calculait un prix théorique — quantité nécessaire multipliée par un prix moyen au kilo — sans tenir compte de ce qu'on achète vraiment en rayon : des conditionnements fixes. La méthode actuelle choisit, pour chaque enseigne, le pack le moins cher qui couvre la quantité demandée, arrondi au-dessus. On paie parfois un peu de gaspillage, comme dans un vrai chariot.

Picard est bon marché, c'est donc l'enseigne à choisir ?

Non. Picard ne couvre que 15 des 30 produits du panier — ni farine, ni café, ni pain de mie, ni la moitié des fruits et légumes. Son total de 72,28 € n'est comparable à rien : c'est un panier à moitié vide, pas un panier bon marché.

Les prix de l'indice Tadam sont-ils tous vérifiés ?

Cinq enseignes ont un catalogue relevé en direct : Lidl, Carrefour, Cora, Naturalia et Biocoop. Mais même chez elles, la plupart des trente lignes du panier retombent sur une estimation faute de correspondance exacte en base : un relevé général ne veut pas dire que chaque ligne du panier est un prix constaté.

À lire ensuite

Les prix cités dans ce guide

Chaque fiche donne le prix relevé dans les 17 enseignes suivies.

Des recettes pour appliquer

Arthur Lecaille

Arthur Lecaille est le fondateur de Tadam. Entrepreneur français installé à Bali, il dirige AC SCALE LLC, structure depuis laquelle il construit des produits numériques grand public. Tadam est né d'un constat simple, vérifié chiffres en main : entre deux enseignes françaises, le même panier de courses peut varier de plus de quarante euros, sans que personne ne publie l'écart de façon lisible. Il conçoit lui-même le moteur de relevé de prix, la méthode de rapprochement produit-ingrédient et les règles de planification des menus, et il tranche chaque arbitrage éditorial : afficher un prix estimé comme tel, ne jamais présenter une moyenne comme un relevé, publier l'écart même quand il dérange.

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