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La liste de courses parfaite, rayon par rayon

L'ordre des rayons, ce qu'on écrit sur chaque ligne et les deux catégories qu'on oublie toujours, avec des prix relevés les 2 et 3 septembre 2026.

Par Arthur Lecaille · publié le 3 septembre 2026 · 7 min de lecture

Un samedi de juillet, dans un hypermarché de l'est lyonnais, j'ai fait quatre fois le trajet entre la crémerie et les surgelés. Quatre. Ma liste était pourtant complète, écrite la veille, avec tout dessus : elle était juste écrite par ordre de repas. Lundi, mardi, mercredi. Le beurre était sur la ligne du lundi, la crème fraîche sur celle du jeudi, et les deux se trouvaient dans le même mètre linéaire de frigo que j'ai quitté trois fois pour y revenir.

La dame qui remplissait le rayon yaourts m'a reconnu au troisième passage. Elle n'a rien dit, mais elle a souri, et c'est ce sourire qui m'a fait changer de méthode.

Une liste n'est pas un menu

Le menu et la liste répondent à deux questions différentes. Le menu répond à « qu'est-ce qu'on mange », la liste à « dans quel ordre je marche ». Écrire l'un à la place de l'autre est l'erreur d'organisation la plus répandue, et elle coûte deux choses.

Du temps, d'abord — un quart d'heure de plus par sortie, ce qui fait treize heures par an à raison d'une fois par semaine. Mais surtout de l'argent, et par un mécanisme qui n'a rien d'évident : chaque aller-retour te fait repasser devant des rayons que tu avais déjà traversés. Les têtes de gondole ne sont pas placées au hasard. Repasser trois fois devant celle des biscuits multiplie par trois les occasions de céder, et personne ne cède au premier passage.

Mon avis, tranché : une liste triée par jour de la semaine est une liste mal écrite, même si elle est jolie. Le magasin ne connaît pas ton mardi.

L'ordre que j'écris, et pourquoi celui-là

Sept blocs, dans cet ordre, et ça marche dans la quasi-totalité des grandes surfaces françaises parce qu'elles sont toutes agencées à peu près pareil.

  1. Fruits et légumes. Toujours en premier, parce que c'est là que les magasins te font entrer, et parce que c'est le rayon où l'écart de prix entre deux façons d'acheter la même chose est le plus violent. Chez Carrefour, le 2 septembre 2026, les radis équeutés en barquette de 250 g valaient 0,99 €, soit 3,96 €/kg, et les betteraves rouges cuites en 500 g 1,19 €, soit 2,38 €/kg. Le même jour, la salade roquette en sachet de 125 g était à 1,29 €, soit 10,32 €/kg — pour de la feuille.
  2. Épicerie sèche. Pâtes, riz, légumineuses, farine, sucre, café. Le rayon le plus stable de tout le magasin, celui où on peut acheter gros sans risque. C'est aussi celui où le prix au kilo se lit le plus facilement, donc celui où on n'a aucune excuse.
  3. Conserves et bocaux. Tomates pelées, thon, légumes secs déjà cuits. À traiter juste après l'épicerie parce qu'ils sont physiquement à côté et parce qu'ils obéissent à la même logique de stock.
  4. Boissons. Lourdes, encombrantes, à mettre au fond du caddie et à la fin de la liste des non-frais. Le pack de Coca-Cola relevé chez Cora le 3 septembre 2026 à 12,41 €, soit 1,88 €/l, pèse aussi six kilos que tu vas porter jusqu'à la voiture.
  5. Crémerie. Lait, beurre, œufs, fromage, yaourts. Une seule visite, tout d'un coup. La crème fraîche épaisse 20 cl à 1,79 € chez Naturalia le 2 septembre 2026 fait 8,95 €/l, et le fromage râpé bio Milbona 150 g à 1,79 € chez Lidl le même jour fait 11,93 €/kg : deux produits qu'on prend sans regarder et qui se comparent très bien au kilo.
  6. Viande et poisson. Après la crémerie parce que le rayon est presque toujours au même endroit, avant les surgelés parce que c'est le début de la chaîne du froid.
  7. Surgelés. En dernier, sans exception. Les moules de bouchot 2 kg à 8,49 € relevées chez Lidl le 2 septembre 2026, soit 4,25 €/kg, n'ont aucune envie d'attendre vingt minutes dans un caddie.

Le froid en dernier. Cette seule règle règle la moitié du problème.

Ce qu'il y a sur une ligne

Une ligne de liste utile contient trois choses : le produit, le format, et parfois le prix au kilo que tu ne veux pas dépasser. « Oignons » est une mauvaise ligne. « Oignons, filet 2 kg » est une bonne ligne, parce qu'elle a déjà pris la décision à ta place — et cette décision-là vaut cher : 0,56 €/kg pour le filet de 2 kg à 1,11 € chez Lidl le 2 septembre 2026, contre 2,50 €/kg en prix moyen catalogue pour de l'oignon au détail.

Le format est ce qui protège du rayon. Devant l'étalage, avec du monde derrière et une musique d'ambiance, personne ne fait de division mentale. On la fait la veille, tranquillement, ou on laisse l'app la faire.

Pour les plats que je répète, j'écris carrément la ligne comme elle sera cochée. Un Chili con carne express, c'est du bœuf haché, de l'oignon, des tomates pelées, des haricots rouges en boîte et deux épices. Une Tortilla de courgette et oignon, c'est six œufs, deux courgettes, un oignon, de l'huile. Écrites comme ça, ces lignes ne se discutent pas au rayon.

Deux catégories manquent presque toujours sur les listes que je vois passer. Les épices et les condiments, qu'on croit avoir et qui sont vides — un pot de paprika ou de cumin tourne autour de 30 €/kg, mais on en achète 40 g, donc ça ne se sent pas sur le ticket et ça bloque un plat entier. Et les produits d'entretien, qui n'ont rien à faire dans le budget alimentaire mais qui atterrissent dans le même caddie, ce qui fausse toutes les comparaisons de tickets qu'on essaie de faire ensuite.

Le drive rebat les cartes

En drive, l'ordre géographique ne sert plus à rien : c'est un moteur de recherche, pas une allée. Ce qui compte devient l'ordre dans lequel les produits sont trouvables, et là on retombe sur la mécanique réelle des enseignes. Chez Carrefour, l'adresse d'une fiche produit est déterministe, carrefour.fr/p/<slug>-<ean13>, donc Tadam construit le lien direct sans passer par la recherche. Chez Auchan, la fiche n'affiche aucun bouton d'ajout tant qu'aucun drive n'est sélectionné, seulement « Voir les prix ». Chez Leclerc, DataDome bloque tout côté serveur, donc l'app enchaîne les recherches article par article et c'est toi qui valides.

Aucune enseigne française ne permet aujourd'hui de coller une liste multi-lignes d'un coup. On a cherché, sérieusement. Leclerc et Carrefour proposent des « listes », mais qu'on remplit produit par produit.

L'avantage du drive n'est donc pas la vitesse. C'est qu'on ne passe devant aucun rayon. Aucune tête de gondole, aucun présentoir de caisse, aucune odeur de poulet rôti à 12 h 30.

Ce qui se passe après la caisse

Une liste ne se juge pas au moment où on l'écrit, elle se juge sur le ticket. C'est la seule boucle de contrôle qui existe, et à peu près personne ne la ferme.

Le principe est bête : tu scannes le ticket, tu regardes les lignes qui n'étaient pas sur la liste, et tu regardes les lignes de la liste qui ne sont pas sur le ticket. Le premier tas te dit ce que le magasin t'a vendu en plus. Le second te dit ce que tu vas devoir racheter en dépannage, souvent en petit format et donc au pire prix au kilo. En trois semaines d'observation, tu sais exactement quels rayons te font craquer, et ce n'est jamais ceux qu'on croit.

Chez moi, c'est la crémerie. Pas les biscuits, pas l'apéritif : la crémerie. Un fromage à tartiner en plus, un yaourt un peu spécial, une brique de crème dont je n'avais pas besoin. La Vache qui rit relevée chez Cora le 3 septembre 2026 à 4,60 €, soit 8,98 €/kg, est le genre de ligne que je rajoute sans y penser et que je retrouve sur le ticket avec une vraie surprise.

Le second tas, celui des oublis, mérite autant d'attention. Il révèle presque toujours un problème de format et non de mémoire : les lentilles vertes qu'on oublie parce qu'elles vivent dans un rayon qu'on ne traverse jamais, alors qu'une Salade de lentilles vertes et légumes croquants ou des Spaghetti bolognaise maison rapide reposent dessus. Les mêmes quatre lignes reviennent, semaine après semaine. Une fois qu'on les a repérées, on les met en tête de liste et le problème disparaît.

Et le Croque-monsieur classique existe précisément pour les soirs où la boucle n'a pas fonctionné : pain de mie, jambon, râpé, beurre. Quatre lignes qu'on a toujours.

À deux, la liste devient un objet partagé

Le mode foyer de Tadam existe à cause d'un problème que tous les couples connaissent : deux paquets de beurre achetés le même jour parce que personne n'a prévenu l'autre. La liste se synchronise en temps réel, celui qui coche au magasin fait disparaître la ligne sur le téléphone de l'autre.

Ce n'est pas de la technologie, c'est de la comptabilité de couple. Et ça marche mieux qu'un message qui arrive quand on est déjà en caisse.

Écris ta prochaine liste dans l'ordre du magasin, une seule fois, et compte tes allers-retours.

Sources

Questions fréquentes

Dans quel ordre faut-il écrire sa liste de courses ?

Dans l'ordre de circulation du magasin, pas par catégorie logique. Fruits et légumes, épicerie sèche, conserves, boissons, crémerie, viande et poisson, surgelés : le froid en dernier. Un ordre géographique supprime les allers-retours et, surtout, les produits attrapés en repassant devant.

Faut-il noter les quantités sur la liste ?

Oui, et le format plutôt que la quantité. Écrire « oignons » mène au filet de 2 kg ou aux trois oignons au détail, avec un rapport de un à quatre au kilo. Écrire « oignons, filet 2 kg » supprime la décision devant le rayon, au moment où on décide le plus mal.

La liste papier ou l'application ?

L'application dès qu'on est plus d'un. Le mode foyer de Tadam synchronise la liste en temps réel : celui qui coche au magasin fait disparaître la ligne chez l'autre. Le papier reste imbattable seul, en magasin sans réseau, et il ne s'éteint jamais.

Comment éviter d'acheter en plus de la liste ?

Manger avant de partir, prendre un panier plutôt qu'un caddie pour une petite liste, et faire ses courses en drive quand c'est possible. Le drive supprime mécaniquement l'achat d'impulsion : on ne passe devant aucun rayon, on ne voit aucune tête de gondole.

À lire ensuite

Les prix cités dans ce guide

Chaque fiche donne le prix relevé dans les 17 enseignes suivies.

Des recettes pour appliquer

Arthur Lecaille

Arthur Lecaille est le fondateur de Tadam. Entrepreneur français installé à Bali, il dirige AC SCALE LLC, structure depuis laquelle il construit des produits numériques grand public. Tadam est né d'un constat simple, vérifié chiffres en main : entre deux enseignes françaises, le même panier de courses peut varier de plus de quarante euros, sans que personne ne publie l'écart de façon lisible. Il conçoit lui-même le moteur de relevé de prix, la méthode de rapprochement produit-ingrédient et les règles de planification des menus, et il tranche chaque arbitrage éditorial : afficher un prix estimé comme tel, ne jamais présenter une moyenne comme un relevé, publier l'écart même quand il dérange.

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